Le repaire de l’ange-pirate

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Il y a des parties du monde chargées de mystère et d’inconnu qui ne cessent d’éveiller la curiosité. C’est dans l’un de ces endroits, carrefour entre le peuple maori, des forces maléfiques et un ange-pirate, que j'ai décidé de vous emmener.

Vous avez pu remarquer lors du spectacle que notre personnage, après son séjour dans le brûlant désert australien, se réveille dans un décor quasi-lunaire digne d’un film de science-fiction post-apocalyptique. Pourtant il n’en est rien. Cet endroit existe bel et bien, au large de la Nouvelle-Zélande, connu des maoris depuis des millénaires. Cette île isolée du Pacifique a été nommée White Island par le premier européen qui a fait sa rencontre, à bord de son navire l'Endeavour. Rien de moins que l'explorateur James Cook ! Sur son journal de bord, on retrouve ces lignes, datées du 1er novembre 1769 : « I have named it White Island, because as such it always appear’d to us ». Voyant un nuage blanc au-dessus de l’île, il la nomme ainsi, sans prendre la peine d’y accoster. Dommage, il y aurait pourtant découvert un immense volcan, et en son cratère un lac bouillonnant et crachant de sulfureux jets de vapeurs.

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Une étrange fumée blanche s'échappe de l'île...

 

Ainsi isolée, au paysage désolé, entre le magma et l’océan, elle a tout d’un repaire conçu pour un pirate… ou un ange-pirate ! Car l’ange de notre histoire, si peu à cheval sur les lois divines, ne serait-il pas une sorte de pirate céleste ? Rappelons-nous que les maoris ont nommé cette île « te puia o whakaari », ce qui signifie : « ce qui peut être rendu visible », eu égard à l’habileté qu’a le volcan d’apparaître ou de disparaître derrière son nuage blanc. D’aucuns prétendent que ce fameux nuage blanc se forme lorsque l’ange se baigne dans le lac bouillonnant. Ainsi, l’île disparait, laissant libre cours à l’ange déchu qui en profite pour entrer en contact et commercer avec les forces maléfiques des profondeurs de la terre. Après tout, il a bien appris le jazz dans un missel envoyé par Lucifer… Et puis, quoi de mieux comme repaire pour un ange que "White Island" ? Si vous me trouvez encore par trop fantaisiste, lisez bien ce qui suit...

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Le lac où certains prétendent qu'un ange complote avec le diable...

W.I.8Premier fait troublant, les rares tentatives d’installation humaine sur l’île ont mal tourné. En septembre 1914, les onze ouvriers qui travaillaient à la construction d’une mine de soufre meurent, ensevelis par un lahar, une coulée de boue volcanique. Quelques années plus tard, une nouvelle tentative est amorcée, mais la compagnie qui chapeaute le projet fait rapidement faillite. Encore plus troublant est le fait que cette île est une propriété privée. Depuis son achat aux maoris dans les années 1830, le gouvernement néo-zélandais n’a jamais mis la main dessus, et elle est depuis le début du XXe siècle la propriété d’un certain G. R. Buttle. Étrange, car le nom de Gabriel Ronald Buttle apparaît à la même époque dans les documents issus de plusieurs clubs de jazz à Detroit, La Nouvelle-Orléans ou encore Paris… Or, on sait l’ange Gabriel de notre histoire enclin au voyages…

 

Si un jour le hasard vous transporte sur ce magnifique volcan isolé dans l’océan, paradis des oiseaux sauvages et paysage d’enfer sur terre, vous pourrez ressentir le temps qui se meurt et vous exclamer, à l’instar de notre personnage : Sur les terrains vagues / Les vagues se sont fanées / Elles se flétrissent sans s’effriter / Sur les récifs de mes voyages / Épuisés…

Bonne semaine !

Benjamin Goron

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White Island, "te puia o whakaari" en langue maori

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